Des souvenirs physiques

Cette article découle d’une réflexion que j’ai eue suite à une dernière visite dans la maison de mes grands-parents. Quelle est la capacité des outils numériques à transmettre des souvenirs ?

Un samedi pluvieux de décembre, j’avais rendez-vous avec ma mère dans la maison de mes grands-parents. Les deux étants décédés, on doit vider la maison. On s’était donc tous réunis pour récupérer certaines choses auxquelles on tenait avant le grand nettoyage.

Je n’attendais pas grand-chose de cette visite, je ne suis pas attaché aux choses, aux objets à proprement parlé. Même si j’apprécie les beaux objets, je n’y tiens pas réellement. Je n’ai pas de scrupules à jeter/donner des objets que je n’utilise plus.

J’aime beaucoup la photographie et pourtant j’en imprime très peu. Je préfère ranger toutes mes photos dans une bibliothèque numérique pour y avoir accès en permanence.

J’adore écrire, j’adore écrire à la plume dans des beaux carnets et pourtant je n’écris plus car je préfère tenir mon journal dans Day One où noter mes idées dans Ulysses pour y avoir accès en permanence.

J’aime beaucoup la musique, j’aime beaucoup les Vinyles et pourtant je n’en possède pas, je n’en écoute pas car je préfère mon abonnement Apple Music qui me permet d’écouter toute la musique que je veux en permanence.

Je pense que vous voyez où je veux en venir. J’ai complètement basculé dans un « univers numérique » car je le trouve plus simple, plus rapide, plus pratique. Mais…

Mais j’ai récemment dû vider la maison des mes grands-parents et je suis retombé sur des objets qui m’ont rappelé des souvenirs que j’avais oublié, que je n’avais pas noté, etc.

J’ai retrouvé les plumes, une boite remplie de plumes qui appartenaient à mon grand-père, des plumes avec lesquelles j’ai appris à écrire pendant de longues heures. Je me suis souvenu de ces longues après-midi dans la pénombre de son bureau où je répétais sans cesse les mêmes gestes : tremper sa plume dans l’encrier, secouer sa plume sur le bord de l’encrier, suivre les courbes des cursives et recommencer le processus durant des heures en écoutant la radio sur son vieil ampli.

J’ai retrouvé les carnets entiers dans lesquels je m’entraînais pour avoir une belle écriture. Des pages et des pages de voyelles, de consonnes, écrites encore et encore dans le but d’avoir une belle écriture soignée. J’en garde encore quelques traces mêmes si les années et le besoin d’écrire vite ont eu raison de ma belle écriture.

J’ai toujours une passion pour l’écriture manuscrite, pour l’écriture manuscrite à la plume et pour la papeterie. Je n’avais pas vraiment réussi à identifier cette passion, ce besoin constant d’acheter des carnets, ce cycle récurrent de vouloir réécrire à la plume. J’ai compris, en passant quelques heures dans le bureau de mon grand-père, d’où me venait cette passion, d’où me venait cette amour de l’écriture à la plume.

J’ai retrouvé son matériel de dessin avec lequel j’ai tenté mes premiers dessins où l’on reproduisait des photos qu’il avait prise dans le village. Je me suis souvenu qu’il m’avait appris à tailler un fusin pour dessiner proprement.

J’ai retrouvé des négatifs photos, des centaines de diapos, des photos, des carnets remplis de notes manuscrites, j’ai retrouvé des livres de recettes illustrées par les coups de crayons de mon grand-père, etc.

« Des souvenirs physiques »

Voilà ce que ces objets sont : « des souvenirs physiques ». Rien de numérique ici, que des choses que l’ont peu toucher, prendre en main, manipuler, etc. Tous pleins de souvenirs que l’on peut mettre dans une poche, que l’on peut déposer sur un bureau, que l’on peut installer sur une étagère et qui à chaque fois me rappelleront ces moments que j’ai vécu avec lui.

L’émotion a pris le dessus à cet instant, j’étais ému par le souvenir de ces tranches de vie. La dernière image que j’ai de mon grand-père est dans une note dans Day One, une note que je relis de temps en temps mais elle n’est pas aussi forte émotionnellement que ces plumes, ces fusains, ces carnets.

Je suis rentré chez moi, triste et nostalgique avec une question en tête : « que vais-je laisser comme souvenir à ma fille quand je ne serai plus ? »

C’est là que la réflexion à commencer, c’est là que j’ai commencé à me remettre en question, à remettre en question certaines de mes pratiques. J’avais déjà eu ce type de réflexion récemment. Notamment quand j’ai lu, pour la première fois, cette article de Yannick qui explique qu’il a revendu tout son matos numériques, j’ai eu des angoisses. J’ai toujours une certaine fascination la photo argentique, je me suis même un peu essayé à l’argentique mais sans réel succès. Mais de là à tout revendre… non… Impossible !

« J’ai un peu revu ma copie depuis cette visite »

Je vous vois déjà paniqué ! « Il recommence, il va encore tout chambouler » Et bien non ! Certes, je me pose plein de questions, certes j’ai envie de changer des choses mais pas d’une manière radicale comme j’aurais pu le faire par le passé.

Ici, j’ai envie de prendre le temps de digérer cette visite, d’appréhender les émotions que j’ai ressentie depuis cette journée. Pas questions de changer toutes mes habitudes d’un coup pour regretter mes actes dans 2 mois.

L’idée en plus n’est pas forcément de « tout changer » mais de trouver un moyen de laisser des souvenirs physiques pour la suite. Alors, j’ai tout de même envisager l’idée d’intégrer la photo argentique à ma pratique de la photo pour m’obliger à imprimer/encadrer/afficher mes photos ou encore de tenir mon journal quotidien dans un agenda papier et plus dans Day One.

Mon envie de faire un peu de photographie argentique était déjà présente. Les articles de Yannick et de Greg avait déjà raisonné en moi  🧐 

Mais je n’en suis pas encore là car je ne sais pas vraiment si j’en suis capable, si cela va combler mon besoin de laisser une trace. Je tiens un journal quotidien dans Day One depuis pas mal d’année mais tout est en ligne, tout est dans mon iPhone, mon iPad. Ce n’est pas « matériel », je ne peux pas ranger mes journaux sur des étagères et me rappeler les années passées en un simple coup d’œil. Je n’ai pas de photos au mur qui me rappelle un citytrip à Londres car tout est dans ma bibliothèque iCloud. Je n’ai pas d’album photo à consulter avec ma fille pour quelle puisse voir sa propre évolution car toutes ces photos sont dans nos iPhone.

Je ne peux pas partager un bouquin que je viens de finir en disant « faut absolument que tu lises ça, c’est merveilleux » car ma bibliothèque est dans mon Kindle. J’ai des plumes, des stylos plumes, des stylo-billes, etc. mais je ne les utilise pas, ils ne sont pas rattachés à des souvenirs, des usages, des moments passés à remplir des carnets. Ils sont dans un plumier, rangé dans un placard car je prends mes notes sur mon iPad ou sur mon iPhone.

Je pourrais continuer comme ça très longtemps. L’idée que j’essaie d’exprimer, que j’essaie d’accepter est la suivante : « les outils numériques sont pratiques mais impersonnels, ils ne laissent pas de traces, ils n’ont pas de charme, ils ne seront jamais des souvenirs physiques ». Ça me rend triste car je me dis que ma fille ne pourra peut-être jamais vivre ce beau moment, triste certes, mais elle ne pourra peut-être jamais vivre ce beau moment que j’ai vécu cette après-midi de décembre dans le bureau de mon grand-père.

Il n’y aura peut-être jamais droit car son Papa aime le numérique et il n’a jamais pris le temps de créer des souvenirs physiques. Ma fille aura 4 ans de mars, il n’est pas trop tard mais il ne faut pas traîner car le temps passe vite.

J’ai toujours fait les choses ces derniers temps en ayant l’impression de devoir faire les choses car c’est la bonne chose à faire. Cette envie de modifier mes habitudes est une envie réelle, je veux laisser quelques choses à ma fille, je veux construire avec elle des souvenirs physiques. Et pour une fois, j’ai envie de faire les choses !

On va donc commencer rapidement !

« Merci à mon grand-père d’avoir pris le temps de construire des souvenirs physiques avec moi ».

Merci à ceux qui ont tenu le coup jusqu’ici. Je reconnais que cet article est assez différent de ce que je publie en temps normal mais j’avais besoin d’exprimer ça et d’en garder une trace sur ce blog. On se retrouve très vite.

5 replies to “Des souvenirs physiques”

  1. Cet article m’a interpellé et m’a fait réfléchir à cet état de fait, principalement concernant la photographie, à l’heure de la profusion des photos, vidéos, paradoxalement c’est maintenant que nous en avons le moins de conservées physiquement, elles sont toutes sur des nas, dans des clouds mais plus sur le papier.
    Avec l’argentique toutes les photos étaient développées pour le meilleur et surtout pour le pire mais parfois cela donnait de bons souvenirs. Je me souviens des dimanches pluvieux a faire le cinema avec les diapositives ou les films en super 8 avec les parents, la famille…
    Et maintenant moi aussi je me demande ce que conserveront mes enfants (qui sont plus grands que la tienne) des photos, vidéos qu’ils prennent avec leurs iPhones mais qu’ils ne sauvegardent pas…, enfin de tous leurs souvenirs numériques à eux !

    1. Les outils numériques, en particulier l’iPhone, nous permet de documenter notre vie de façon hyper simple. On peut prendre des dizaines de photos tous les jours, on l’a tout le temps en poche, etc. Je ne renie pas ça du tout. Dans mon album 2020, 85% des photos sont prises à l’iPhone.

      Par contre, comme tu le dis, on ne prend plus le temps de les imprimer et de faire des albums. On a décidé de changer ça. De faire, au moins, un album par an pour garder une trace physique de ces instants.

      Ma mère fait un album ou deux par an depuis toujours (ou presque) et j’adore revoir ces photos de temps à autre. Je veux que ma fille (et nous) puisse avoir ce plaisirs aussi. Et qui sait, ça lui donnera peut-être envie de faire des albums plus tard 🙂

      1. Finalement tu m’as donnée envie de ressortir mon appareil et les objectifs pour ce Noël et de prendre quelques clichés !

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